L’art pis moi, vous savez …
Publié par

Ça y’est, c’est parti. J’vous amène avec moi… ou plutôt, c’est vous qui me prenez dans vos grands bras d’artistes aguérriEs et me lancez tout droit dans la marre, parce que moi, l’art, vous savez… j’connais pas ça. Pantoute.

Même que, comme on est entre nous, j’vous ferai la confidence que je viens juste de catcher, d’allumer. Que pendant toutes ces années à fouler le bitume durant les manifs, à sirotter café sur café durant des réunions féministes plus ou moins ennuyantes, à fourbir mes armes dans des milieux anarchistes pas recommandables à vos enfants, j’entendais parler comme en écho de cette chose étrange et obscure qu’on nomme « l’art »… Misère et mystère, j’y comprenais rien, et pour tout vous dire, j’y voyais pas l’intérêt. Sauf bien sûr pour l’art militant, politique, direct. Instrumental, quoi.

J’étais carrément dans l’champ. Vous étiez hors-champ. (presque) Tout est une question de perspective, savez!

Et pis je suis tombée sur un texte de présentation de la série « untitled-landscapes » de l’artiste Cam Matamoros* présentant des photos des lanières de cire épilatoire qu’elle a utilisé pendant des mois pour retirer les poils de son menton . On y voit plusieurs photos des languettes de cires jonchées de poils.

Jusqu’ici, j’vois absolument pas l’intérêt, sinon le narcissisme de l’artiste. Je suis encore dans le noir.

Et pis sans crier gare, mes yeux poursuivent nonchalamment la lecture jusqu’à ceci :

« Like the borders that contain a country or distinguish one person’s property from another’s, landscape painting has historically been symptomatic of the urge to contain the natural, the wild, the unruly, and the un-ruled. The containment of a landscape within an aesthetic image grants a perspective from which the viewer can feel mastery over a vast expanse of terrain. I am insisting that a body is always present when we represent the land. I am observing the ways in which the ideologies that shape the representations of landscapes are inseparable from the ideologies that shape the representaStions of bodies. I wonder how what we are presented with shapes not only what we see and how we see, but I also consider how this applies to how we see pictures, ourselves, and others. » **

Et BAM, vlan, patakloaw! L’illumination et mes yeux exhorbités. Subjuguée. Je suis sous le charme. Plus de retour en arrière possible. J’ai senti. J’ai goûté. J’ai levé la tête, pris une grande respiration et ébahie, j’me suis dit « Woawww! ». Chu convertie…

Cette jeune artiste, sans même essayer, venait de m’inviter à entrer à tâtons dans une dimension qui m’était jusqu’alors complètement inconnue. À entrer en rapport avec des objets, idées, sujets, performances, aménagements d’espace qui ont – justement – été conçus avec ce rapport à l’expérimentation que l’« autre » en fera en tête. S’est ouvert pour moi un tout nouvel univers de possible, de dicible autrement. Comme une nouvelle couleur à intégrer dans ma palette militante. De nouvelles stratégies pour se dire, se réfléchir, se créer et lutter.

— /// —

Une amie artiste, Virginie Jourdain pour ne pas la nommer, s’énerve de mon enthousiasme dégoulinant, de mon « j’en-met-trop-tisme ». Elle m’écrit :

« L’art c est ordinaire, mais de l’ordinaire juste à côté de la track. »

Délicieux, n’est-ce pas! Et moi de lui répondre que c’est justement pour ça que c’est extra-ordinaire, que je suis encore toute enchantée à l’art. J’vous idéalise pas, mais vous les artistes, pouvez vous prendre en pleine gueule toutes les fleurs que je vais vous lancer!

— /// —

Tout ça pour vous dire que ce sera donc bien humblement que je couvrirai de pixels noirs le site du blog durant tout le festival Edgy-Women. À partir de la posture résolument politique d’une militante radicale, je vous partagerai sans détours ni trompettes mes impressions, effrois, coups de foudre, réflexions et incompréhensions ludique, lubriques et peut-être désopilantes.

Avec ce blog, Edgy m’offre une immense opportunité, et je les en remercie. Espérons que je vais un peu vous brasser la cage avec mes coups de gueule… mais surtout que vous serez là pour me remettre à ma place.

Edgy, c’est un cadeau qu’on se fait à soi-même. Celui de l’inspiration perpétuellement renouvelée. Celui d’une brise qui vient souffler sur nos braises. Celui des rencontres de celles qui nous émerveillent, nous titillent, nous écorchent, nous font rêver… nous extirpent de l’indifférence, de l’anomie.

J’espère vous trouver sur mon chemin, vous qui brillez de milles feux.

Barbara Legault

— /// —

* Cam Matamoros est une artiste originaire de Hamilton vivant à Montréal. Son travail a été exposé dans plusieurs des galleries et festivals en d’Europe et en Amérique du Nord. Elle détient un Baccalauréat interdisciplinaire en art de l’Université Concordia.

** http://nomorepotlucks.org/site/untitled-landscapes

— /// —

Vos réactions aux blogues sont toujours appréciées!

2 réponses pour “L’art pis moi, vous savez …”

  1. Waouh, c’est trop cool.
    Enfin, tu comprends l’art et tu nous le manifeste avec une citation énigmatique.

    J’avoue que s’il y a une chose que je déteste plus que l’idée que le monde de l’art est un royaume rarefié qui necessite un doctorat et un dictionnaire, c’est les représentants du monde de l’art qui ne parlent qu’en mots-à-dix-piastres. Je rêve d’une utopie artistique anarchique. C’est peut-être plébéien, mais… whatever.

    Enfin, c’est ce que je trouve rafraichissnat dans un festival comme Edgy Women. Il y a si peu de prises de tête pseudo-intellectuelles. On y trouve de l’art qui frappe, viscérale et ridicule. Ça peut être noir, dérangeant, mal commode mais c’est rarement aliénant.

    Alors Barbara, pas de blogue sur la soirée d’ouverture?

    À ta place, je m’y lance. Intime, disons, dans l’ambiance super-cool, pour ne pas dire branché, du Royal Phoenix, ici on témoigne preuve de la condition particulière du feminisme français. J’ai toujours trouvé ça bizarre qu’un pays qui a produit une telle richesse d’écrits feministes novateurs et importants (on pense à Cixious, de Beauvoir, Kristeva, Irigaray…) ait si péniblement intégré un esprit féministe à la culture générale. Et je ne parle pas juste du machisme de l’homme français. Il y a une attitude entre femmes que l’harcèlement c’est flatteur, qu’il y a qqchose de sexy à se faire traité comme objet délicat et inférieur. Je crois que c’est largement pour celà qu’on voit souvent dans l’art féministe français une représentation ouvertement et lourdement didactique. Je ne veux pas insulter les performeuses de GLSINS, car je sais qu’elles sont jeunes et je voit un talent quelconque. Je dis simplement que la performance aurait passé mieux dans une classe de Women’s Studies que dans un bar plein de feministes quebécoises, gouines prononcés ainsi que fières suceuses-de-bites.

    Ceci dit, le bouquin de prose zombie-fem est vraiment très bon et tout le monde devrait s’en procurer un. Quant à Alexis O’Hara, pas mal gonflée celle-là, non. J’ai l’impression qu’elle aurait ‘performé’ jusqu’au lendemain si Ms. Ginestier lui avait pas coupé la parole…

  2. énigmatique, énigmatique…
    m’enfin! c’est juste de l’anglais quoi!

    pis merci d’avoir fait mon travail de couverture de la soirée d’ouverture. c’est vrai que alexis, franchement, ça frisait sur la prise d’otage de la salle…

    à bon entendeur… à ce soir chère.

    barbara

Laisser un commentaire