SPIN ne m’a pas fait tourner la tête
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SPIN ne m’a pas fait tourner la tête

A priori, j’avais hâte de voir un show musicalo-vélocipèdaire. Vraiment. Mais pour tout vous dire, une fois rendue, j’avais plutôt hâte que ça finisse. Ouch, c’est dur d’écrire ça, parce que je sais que le show de Evelyn Parry de jeudi soir à la Sala Rosa a beaucoup plu à la majorité, anglophone, qui remplissait la salle et qu’il était très bien fait et rendu… Alors respect à l’artiste qui a su rejoindre son public. Moi, j’en n’étais pas.

Qu’est-ce à dire. Ben j’aurais voulu me faire bousculer, me faire inspirer, mais plutôt, j’ai eu l’impression de me faire servir un bouillon bien cuit et pré-formaté par et pour une classe-moyenne-blanche-anglo-canadienne-bien-pensante-progressiste-déconnectée-gentille-occidentalo-centriste-féministe-égalitariste-du-bout-des-lèvres-voir-obtu. J’ai trouvé le tout fade, bien que je donne aux artiste que leur show était hyper rodé, tight de chez tight, pro quoi. Je donne aussi la magique créativité dans l’utilisation du vélo comme instrument de musique et des accessoires. Et bon, Evelyn Parry sait écrire et sait ce qu’elle fait. Mais c’est plutôt sur le contenue que ça achoppe…

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Le propos, tournant autour du vélo et de son rôle dans l’émancipation des femmes au XIXe et XXe siècle m’a royalement saoulé. Quand Evelyn Parry aborde la question de l’utilisation de la bicyclette comme outil de libération et d’autonomisation des femmes, elle parle de quelles femmes en fait? Tout son spectacle était centré sur les femmes blanches, occidentales, de la classe bourgeoise et pire, omettait de mentionner ce fait et de situer son propos dans une perspective de classes sociales et de classes de race, outre la perspective des classes de sexe. Intersectionalité quelqu’une?

À l’image de l’auditoire d’une blancheur éblouissante, elle nous a montré de belles photos d’archives toutes présentant des femmes blanches, bien mises. Elle n’a jamais montré d’image de femme non-blanche à vélo, alors que les pionnières à bicyclettes étaient présentées comme une grande source d’inspiration pour nous, « femmes » contemporaines. On n’a jamais fait allusion à qui pouvait se payer un vélo, avait le temps d’en faire et avait accès aux loisirs à la fin du XIXe? Certainement pas les classes ouvrières, certainement pas les esclaves ou les récemment affranchies, certainement pas les peuples autochtones qui avaient leurs propres moyens de transport… certainement pas la majorité d’entre-nous, ici comme ailleurs. Le vélo était une commodité de luxe.

Elle en rajoute une grosse couche bien épaisse en présentant le vélo comme un moyen de transport non-polluant, pur, extrait de l’économie capitaliste qui s’est bâtie et se maintient sur l’exploitation. Le vélo est cet objet éthéré qui nous procure plaisir et liberté. Point. On ne questionne pas d’où proviennent les matériaux pour les construire, ni qui les construit, ni où, ni dans quelles conditions, ni qui a accès, encore aujourd’hui, à un vélo et au temps de l’utiliser. Bref, une idéalisation qui m’horripile de l’utilisation du vélo comme instrument de changement social. Ça va l’individualisation! Ça va l’occidentalo-centrisme!

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Quand on sait que la plupart des vélos sont présentement fait d’aluminium et que Rio-Tinto Alcan, une compagnie bien de chez nous, déplace des populations entières gun sur la tempe en embauchant des paramilitaires locaux payés au prix fort dollars US, pour accéder au minerai de base composant le précieux métal;
Quand on sait que la plupart des vélos sont maintenant construits dans des usines de l’Asie de l’est, à Taiwan ou en Chine, dans des conditions sous-humaines au profit des compagnies qui majoritairement se fouttent complètement des conditions de vie et de travail des employées dans leur usine « délocalisée »;
Quand on sait qu’il y a une surenchère à l’innovation (!), à l’invention de gadgets hyper-technologiques, à le pression à l’achat du nouveau modèle, tout carbone, ou même one speed en acier, ou bref… Une incitation à la consommation alimentée à grande eau par l’industrie du vélocipède;
Quand on sait que l’extraction de la bauxite, minerai principal qui compose l’aluminium, est hyper polluante et toxique, détruisant des écosystèmes, des communautés, polluant cours d’eau et nappes phréatiques, et que la production de l’aluminium exige des quantités faramineuses d’électricité souvent données ou vendues à rabais par les états producteurs (entendre, Québec donne son électricité à Alcan)…

On ne peut plus voir le vélo simplement comme vecteur de l’autonomie des femmes, fournisseur de joie infinie et de vent dans les cheveux.

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Soyons claires, je suis biko-phile. J’ai passé mon enfance à vélo, mon papa n’ayant pas de voiture. Tout se faisait à vélo, et je reconnais ce sentiment de liberté à ne faire qu’un avec cette machine à deux roue que nous propulsons avec notre propre énergie. Oui, c’est magnifique et ça me remplit de bonheur. Ça, Evelyn Parry l’a dit. Mais sans faire de son show un discours politique, il reste que l’occultation de toutes ces autres réalités, souffrances et invisibilisation entourant le vélo et son utilisation m’ont profondément déplu.

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(*Wink* Ça vous apprendra à demander à une militante féministe radicale de bloguer!)

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Sur ce, j’vous laisse parce que je me lance dans une autre aventure edgyenne… « In Succube » ce soir (samedi, 24 mars). J’ai super hâte…

Et je vous concocte un blog beaucoup plus intéressant que celui-ci sur le show d’hier soir, « Je baise les yeux » de Gaëlle Bourges et cie. Que de contenu. Que de réflexions… à suivre.

Barb

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Allez, dites-moi donc ce que vous pensez de tout ça dans la section ici bas!)

4 réponses pour “SPIN ne m’a pas fait tourner la tête”

  1. Sophie LaGiraffe

    Analyse intéressante, mais pour ma part, je considère qu’il n’est pas nécessaire de toujours TOUT intellectualiser ou de couvrir TOUS les sujets militants. La musique était excellente, les interprètes fantastiques, la mise en scène travaillée, le sujet complet et parfois même touchant.

    Parry a décidé d’explorer l’angle du féminisme à travers sa passion du vélo. Sa vison à elle, sa vision de femme, sa vision de cycliste. Elle a choisi une façon se présenter le féminisme, peut-être la façon qui la représente le mieux ou bien qui l’intéresse le plus. Non, elle n’a pas parlé des Noirs, non elle ne s’est pas insurgée contre les géants de l’aluminium, c’est vrai. Mais être féministe, est-ce que ça signifie partir en guerre contre TOUT? Il faut parfois choisir ses batailles, et parfois il y en a qui nous touche plus que d’autres. Parry n’est pas moins féministe ou engagée pour autant, elle présente un spectacle avec du contenu, une vision, la sienne, ET des qualités artistiques évidentes.

    De surplus, je dirais que nous pouvons apprécier une œuvre artistique sans nécessairement qu’elle ne soulève TOUTES les injustices sociales. L’art c’est ça aussi; c’est la beauté, c’est la poésie, la musicalité, le besoin et l’envie de toucher le public avec sa voix, son corps…ou son vélo musical! Et on ne peut pas non plus accuser SPIN de ne pas être porteur de message.

    Une pièce « classe-moyenne-blanche-anglo-canadienne-bien-pensante-progressiste-déconnectée-gentille-occidentalo-centriste-féministe-égalitariste-du-bout-des-lèvres-voir-obtu » ? peut-être. Mais je ne pense pas que personne ne peut se vanter de vivre sa vie de façon 100 % militante, car on enfourche notre vélo fait d’aluminium du « monstre » ALCAN, on porte des t-shirts H&M parfois, on regarde des films qui n’ont pas toujours de prétentions plus profondes que celles de nous divertir, on vit notre vie, on fait nos efforts de citoyens, du mieux qu’on le peut, mais TOUT n’est pas bataille…tout ne peut être bataille.

    L’art n’est pas qu’une bataille. L’art c’est de danser sur une belle chanson folk, d’admirer les prouesses musicales faites à même un vélo, d’apprécier une soirée qui nous a donné envie de chanter/rire/réfléchir/vérifier que notre vélo n’a pas été volé. Desfois ça fait juste du bien de ne pas être être en guerre.

  2. Bien dit Sophie LaGiraffe!

    Je suis quand même ravie qu’une bloggeuse qui oeuvre d’une manière ‘officielle’ pour Edgy Women puisse se laisser aller si loin de la bonne critique attendue. Et je te suivais assez complètement, chère Barbara, durant tes premiers paragraphes. Mais, quand tu pleures pour les extraits minéraux qui sont necessaires à la construction d’un vélo? Tu vas ben trop loin. Je ne sais pas si tu as remarqué mais dans le monde moderne, tout est fait de tout. Y’a du pétrole, du fer, des osties de diamants partout! Tu utilise un cellulaire, Barbara? Violeuse des mines de coltan du Congo!

    Comment peux-tu dire que le velo c’est un outil des privilegiés?! Ok bon, peut-être en 1900 mais ses jours-ci c’est universel et ultra-abordable.

    C’est d’un évidence incontestable que de rouler à velo c’est une bonne idée, dans toutes les interpretations possible: questions santé, loisir, communautaire, écologique, transport, etc…

    Peut-être que tu te fumais d’la bonne hydroponique en composant ton harangue ce qui t’as permis de regrouper ton mépris pour le spectacle avec tout ce qui va pas dans le monde mais whoah, Legault. Du calme.

    Si on retourne à la critique du show, je suis d’accord que c’était un peu trop gentil et très white. Pour mes goûts, ça manquait de folie. J’appréciais les interventions musicales sur cette bicyclette amplifiée mais j’aurais voulu un solo plus long et plus déchainé. Mais c’est bien clair qu’Evelyn Parry a du talent – ses chansons sont restées scotchée à mon subconsient pendant des journées – et c’est très bien qu’elle retrouve son public.

  3. Barbara Legault

    Respect La Girafe et La Vierge Marie!

    Certain que j’ai poussé plus loin que ce que le client demandait. Certain que j’en ai mis une couche, pis 12 autres. Certain que je ne venais pas voir un documentaire sur le capitalisme destructeur.

    Militante jusqu’au bout des ongles oblige, j’me suis investie de la mission de vous dire le fonds de ma pensée. Et c’est là que ma pensée est allée, pendant et après le show…

    Mais Virgin, quand tu écris « Comment peux-tu dire que le velo c’est un outil des privilegiés?! Ok bon, peut-être en 1900 mais ses jours-ci c’est universel et ultra-abordable. C’est d’une évidence incontestable que de rouler à velo c’est une bonne idée, dans toutes les interpretations possible… » tu fais dans la mauvaise foi la plus crasse. Tu sais bien que c’est pas c’que j’ai dis. Alors va pour la critique acerbe, mais sur mes vraies idées… Ou va relire mon texte chérie. Ou j’te paie une nouvelle paire de lunettes de chez Jean Coutu. Au choix…

    Allez, je vous concocte éminemment un blogue basé sur ma délicieuse entrevue d’hier avec Andréanne Leclerc, créatrice, réalisatrice et actrice/contorsionniste du subversif « In Succube »… Voyons si j’ai la verve pour encenser autant que pour trasher un show…

    Barb

  4. Ils sont où tes blogues pour le spectacle de Gaëlle Bourges ou celui d’Andreeanne Leclerc et Holly Gauthier-Frankel???

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